Agroécologie au Sénégal

Au Sénégal, le développement de l’agroécologie plombé par le peu d’intérêt des politiques et des élites

La dégradation des terres fait perdre au Sénégal 550 milliards FCA chaque année. Les pratiques agricoles jouent un rôle très important dans cette dégradation des terres avec l’usage du labour et des intrants chimiques notamment. Mais dans le même temps, les subventions pour l’achat des intrants agricoles sont passées de 4,6 milliards à 13,9 milliards entre 2004/2005 et 2012/2013. Autant dire que nous creusons chaque jour davantage le trou qui nous mènera vers un précipice et qu’il est opportun de se poser la question de savoir : nos sols seront -ils encore en mesure d’accueillir nos semences pour satisfaire nos besoins alimentaires ?

De plus en plus, l’agroécologie est ainsi désignée comme la solution pour une utilisation durable des ressources naturelles. Mais au juste, c’est quoi l’agroécologie ? Ce concept est né depuis les années 30 et se définit comme l’application de l’écologie en agriculture et porte son analyse sur les différentes composantes (plantes, animaux, sols, climat) et leurs interactions au sein d’un agroécosystème (un écosystème aménagé par l’homme).

Dans tout ça qu’en disent nos politiques ?

Au Sénégal, ce sont les ONG en partenariat avec les organisations de producteurs qui militent le plus et mettent en œuvre des actions pour promouvoir l’agroécologie. Mais une transition agro-écologique ne peut être le seul fait d’initiatives isolées. Elle doit être inscrite clairement dans nos politiques avec une transition qui n’est pas brusque mais s’adaptant au rythme de tous les acteurs du secteur agricole. Une transition passant de l’utilisation des engrais chimiques à l’utilisation des engrais organiques, par exemple, est impossible à faire passer brusquement. Car aucun acteur n’y est vraiment préparé. Et les études sur l’agroécologie au Sénégal sont encore rares. IL faut plutôt partir sur un modèle de mix des engrais, à l’image du mix énergétique pour lequel l’État a fait un très grand bond. Il faut dire cependant que les politiques actuelles s’inspirent beaucoup des principes de la révolution verte. En effet, l’objectif spécifique 2 du programme d’accélération de la cadence de l’agriculture sénégalaise (PRACAS) met la facilitation de l’accès aux intrants et au matériel agricole au cœur des priorités du gouvernement sénégalais. De ce fait, une certaine dépendance aux intrants chimiques est notée malgré les difficultés d’accès aux producteurs et des subventions qui non seulement n’arrivent pas souvent aux destinataires mais leur effet sur la productivité n’est pas toujours garanti.

La formation des élites aussi ?

Il faut dire qu’au Sénégal, les contenus des formations ont souvent du mal à se renouveler et à s’adapter aux nouveaux défis. En agronomie, c’est le même cas. Bien vrai que les principes agronomiques et écologiques soient bien présentes dans les curricula, il n’en demeure pas moins que ces principes ne sont pas présentées sous un prisme systémique. Si nous voulons que plus d’agronomes militent en faveur de l’agroécologie, cette pratique, cette confiance et cette construction de la conviction a besoin d’un fondement, d’un discours qui sous-tend sa pensée mais surtout d’un référent à la fois porteur du discours mais qui donne une certaine crédibilité et palpabilité à la chose.

J’aurais voulu ainsi dans mes cours qu’on me parle de Pierre Rabhi, de sa sobriété heureuse, de sa quête même de soi. Il n’y a à vrai dire un métier aussi révélateur que l’agriculture lorsque l’on se cherche. C’est ici toute la magnificence de Dieu, dans sa capacité de fructifier nos plus petits efforts qui nous est révélé. Il est temps, devant la pratique actuelle de l’agriculture que l’humain fasse irruption. Car, c’est de ces alternatives telles que la permaculture ou l’agroécologie que l’agriculture retrouvera sa vocation réelle perdue. Celle d’une culture de l’action de l’homme sur la terre qui laisse durable « l’affirmation de la liberté » de chaque élément de l’écosystème agricole. Ainsi, si une formation censée créer l’émulation scientifique des esprits de ses apprenants n’est plus en mesure de se renouveler et de se recréer dans la venue d’enjeux nouveaux, de nouvelles réalités, elle devient tout simplement obsolète.

 

Pour que l’agroécologie puisse s’imposer dans les systèmes de production, il faut tout de même lever plusieurs contraintes notamment le temps de travail supplémentaire requis, les engrais organiques non accessibles pour la plupart des producteurs ne disposant pas de substrats organiques (fumiers, résidus de culture…). Mais tout ceci, ne peut être impulsée que grâce à plus d’intérêts des agriculteurs avec le soubassement de politiques de financement, de recherche et d’actions s’inscrivant réellement dans les pratiques agroécologiques.

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